—Ne m'as-tu point entendu? lui demanda celui-ci.

—Si fait, mon père; mais la question que vous venez de m'adresser était si loin de ma pensée.

—Bien, ma Luisa, n'en parlons plus, dit le prince, qui crut voir une opposition déguisée sous cette réponse. C'était pour moi, encore plus que pour toi, égoïste que je suis, que je te faisais cette question. Quand on meurt, vois-tu, on est plein de trouble et d'inquiétude, surtout quand on se rappelle la vie. Je fusse mort tranquille et sûr de ton bonheur en te confiant à un si grand esprit, à un si noble coeur; n'en parlons plus et rappelons-le... Luciano!

Luisa serra la main de son père comme pour l'empêcher de prononcer une seconde fois le nom du chevalier.

Le prince la regarda.

—Je ne vous ai pas répondu, mon père, dit-elle.

—Réponds, alors. Oh! nous n'avons pas de temps à perdre.

—Mon père, dit Luisa, je n'aime personne; mais j'aimerais quelqu'un, qu'un désir exprimé par vous en un pareil moment serait un ordre.

—Réfléchis bien, reprit le prince, dont une expression de joie éclaira le visage.

—J'ai dit, mon père! reprit la jeune fille, qui semblait puiser la fermeté de la réponse dans la solennité de la situation.