—Et tu as vécu heureuse jusqu'à présent?

—Oh! très-heureuse.

—Et tu ne désirais rien?

—Vous revoir, voilà tout.

—Est-ce qu'une suite de jours pareils à ceux que tu as passés jusqu'aujourd'hui, te paraîtrait un bonheur suffisant?

—Je ne demanderais rien autre chose à Dieu qu'un pareil chemin pour me conduire au ciel. Le chevalier est si bon!

—Écoute, Luisa. Tu ne sauras jamais ce que vaut cet homme.

—Si vous n'étiez point là, mon père, je dirais que je ne connais pas un être meilleur, plus tendre, plus dévoué que lui. Oh! tout le monde sait ce qu'il vaut, mon père, excepté lui-même, et cette ignorance est encore une de ses vertus.

—Luisa, j'ai, depuis quelques jours, c'est-à-dire depuis que je ne pense plus qu'à deux choses, à la mort et à toi, j'ai fait un rêve: c'est que tu pouvais passer au milieu de ce monde méchant et corrompu sans t'y mêler. Écoute, nous n'avons point de temps à perdre en préparations vaines; voyons, la main sur ton coeur, éprouverais-tu quelque répugnance à devenir la femme de San-Felice.

La jeune fille tressaillit et regarda le prince.