Avant de mettre pied à terre, lady Hamilton s'avança vers l'amiral Caracciolo, et, de sa voix la plus douce et avec sa figure la plus gracieuse:
—La fête que nous donnons à notre illustre compatriote serait incomplète, dit-elle, si le seul homme de mer qui puisse rivaliser avec lui ne se joignait point à nous, pour célébrer sa victoire et porter un toast à la grandeur de l'Angleterre, au bonheur des Deux-Siciles et à l'abaissement de cette orgueilleuse république française qui a osé déclarer la guerre aux rois. Ce toast, nous l'avons réservé à l'homme qui a si courageusement combattu à Toulon, à l'amiral Caracciolo.
Caracciolo s'inclina courtoisement mais gravement.
—Milady, dit-il, je regrette sincèrement de ne pouvoir accepter comme votre hôte la glorieuse part que vous me réserviez; mais autant la journée a été belle, autant la nuit menace d'être orageuse.
Emma Lyonna parcourut l'horizon d'un seul regard; à part quelques légers nuages accourant du côté de Procida, l'azur du ciel était aussi limpide que celui de ses yeux.
Elle sourit.
—Vous doutez de mes paroles, milady, reprit Caracciolo; mais l'homme qui a passé les deux tiers de sa vie sur cette mer capricieuse que l'on appelle la Méditerranée, connaît tous les secrets de l'atmosphère. Voyez-vous ces légères vapeurs qui glissent au ciel et qui s'approchent rapidement de nous, elles indiquent que le vent, qui était nord-ouest, tourne à l'ouest. Vers dix heures du soir, il soufflera du midi, c'est à lire qu'il fera sirocco; le port de Naples est ouvert à tous les vents et particulièrement à celui-là; je dois donc veiller à l'ancrage des bâtiments de Sa Majesté Britannique, qui, déjà fort maltraités par la bataille, pourraient ne pas avoir conservé assez de forces pour résister à la tempête. Ce que nous avons fait aujourd'hui, milady, c'est une belle et bonne déclaration de guerre à la France, et les Français sont à Rome, c'est-à-dire à cinq journées de nous. Croyez-moi, d'ici à peu de jours, nous aurons besoin que nos deux flottes soient en bon état.
Lady Hamilton fît un léger mouvement de tête qui ressemblait à une contraction.
—Prince, dit-elle, j'accepte votre excuse, qui prouve une si grande sollicitude pour les intérêts de Leurs Majestés Britannique et Sicilienne; mais, tout au moins, nous espérons voir au bal votre charmante nièce, Cecilia Caracciolo, qui, du reste, n'aurait pas d'excuse, ayant été prévenue que nous comptions sur elle le jour même où nous avons reçu la lettre de l'amiral Nelson.
—Eh! justement, madame, voilà ce qui me restait à vous dire. Depuis quelques jours, sa mère, ma belle-soeur, est tellement souffrante, que, ce matin, avant de partir, j'ai reçu une lettre de la pauvre Cecilia, laquelle m'exprime tous ses regrets de ne pouvoir prendre sa part de votre fête; elle me chargeait, en outre, de présenter ses excuses à Votre Seigneurie, et c'est ce que j'ai l'honneur de faire en ce moment.