Pendant ces quelques paroles échangées entre lady Hamilton et François Caracciolo, la reine s'était approchée, avait écouté, avait entendu, et, comprenant le motif du double refus de l'austère Napolitain, son front s'était plissé, sa lèvre inférieure s'était allongée et une légère pâleur avait envahi son visage.

—Prenez garde, prince! dit la reine d'une voix stridente et avec un sourire menaçant comme ces légers nuages que l'amiral avait fait remarquer à lady Hamilton, et qui annonçaient l'approche de la tempête; prenez garde! les seules personnes qui seront venues à la fête de lady Hamilton seront invitées aux fêtes de la cour.

—Hélas! madame, répondit Caracciolo sans que sa sérénité parût le moins du monde altérée par cette menace, l'indisposition de ma pauvre belle-soeur est tellement grave, que, les fêtes données par Votre Majesté à Sa Seigneurie milord Nelson durassent-elles un mois, elle ne pourra y assister, ni ma nièce par conséquent, puisqu'une jeune fille de son âge et de son nom ne peut, même chez la reine, paraître séparée de sa mère.

—C'est bien, monsieur, répondit la reine incapable de se contenir; en temps et lieu, nous nous souviendrons de ce refus.

Et, prenant le bras de lady Hamilton:

—Venez, chère Emma, dit-elle.

Puis, à demi-voix:

—Oh! ces Napolitains! ces Napolitains! murmura-t-elle, ils me haïssent, je le sais bien; mais je ne suis pas en arrière avec eux: moi, je les exècre!

Et elle s'avança d'un pas rapide vers l'escalier de tribord, mais point si rapide cependant que l'amiral Caracciolo ne l'y devançât.

Un signe de lui fît éclater la musique en brillantes fanfares; les canons tonnèrent de nouveau, les cloches s'ébranlèrent toutes à la fois, et la reine, la rage dans le coeur, et Emma, la honte sur le front, descendirent au milieu de toutes les apparences extérieures de la joie et du triomphe.