Le roi, la reine, Emma Lyonna, Nelson montèrent dans la première voiture; le prince, la princesse royale, sir William Hamilton et le ministre Jean Acton, dans la seconde; tous les autres, à leur choix, dans les voitures de suite.
On se rendit d'abord et directement à l'église Sainte-Claire, afin d'y entendre un Te Deum d'action de grâces. En leur qualité d'hérétiques, Horace Nelson, sir William et Emma Lyonna se fussent volontiers passés de cette cérémonie; mais le roi était trop bon chrétien, surtout quand il avait peur, pour permettre qu'on l'oubliât.
Le Te Deum était chanté par monseigneur Capece Zurlo, archevêque de Naples, excellent homme auquel, au point de vue du roi et de la reine des Deux-Siciles, on ne pouvait reprocher qu'une trop grande tendance vers les idées libérales; il était assisté, dans l'accomplissement de ce triomphant office, par une autre sommité ecclésiastique, par le cardinal Fabrizio Ruffo, lequel n'était encore, à cette époque, connu que par les scandales de sa vie publique et privée.
Aussi, tout le temps que dura le Te Deum, fut-il employé par sir William Hamilton, aussi grand collecteur d'anecdotes scandaleuses que de curiosités archéologiques, à mettre lord Nelson au courant des aventures de l'illustre porporato.
Voici, au reste, ce qu'il lui apprit et ce qu'il est important que nos lecteurs sachent sur cet homme, destiné à jouer un si grand rôle dans le cours des événements que nous avons à raconter.
Un proverbe italien destiné à glorifier les grandes familles et à constater leur ancienneté historique dit: «Les apôtres à Venise, les Bourbons en France, les Colonna à Rome, les San-Severini à Naples, les Ruffo en Calabre.
Le cardinal Fabrizio Ruffo appartenait à cette illustre famille.
Un soufflet donné par lui, dans son enfance, au bel Ange Braschi, lequel, plus tard, devint pape sous le nom de Pie VI, fut la source de sa fortune.
Il était neveu du cardinal Tommaso Ruffo, doyen du sacré collège. Un jour, Braschi, alors trésorier de Sa Sainteté, prit sur ses genoux l'enfant de son protecteur, et, comme le petit Ruffo voulait jouer avec les beaux cheveux blonds du trésorier et que celui-ci, en relevant la tête, lui faisait éprouver un supplice pareil à celui de Tantale, l'enfant, au moment où Braschi abaissait la tête vers lui, au lieu d'essayer de saisir les boucles de ses cheveux, comme il avait fait jusque-là, lui appliqua de toutes ses petites forces un vigoureux soufflet.
Trente ans plus tard, Braschi, devenu pape, retrouva dans l'homme de trente-quatre ans l'enfant qui l'avait souffleté. Il se souvint que c'était le neveu du protecteur auquel il devait tout, et il le fit ce qu'il était lui-même au moment où il avait reçu ce soufflet, c'est-à-dire trésorier du saint-siége, poste d'où l'on ne sort que cardinal.