«Dieu sauve le roi!»;
(Traduction littérale.)
Ces vers, si médiocres qu'ils fussent, avaient fait pousser une acclamation universelle, qui allait encore s'accroître en se répétant, quand tout à coup les voix s'éteignirent sur les lèvres des convives, et les yeux effarés se tournèrent vers la porte, comme si le spectre de Banquo ou la statue du Commandeur venait d'apparaître au seuil de la salle du festin.
Un homme de haute taille et au visage menaçant était debout dans l'encadrement de la porte, vêtu de ce sévère et magnifique costume républicain, dont on ne perdait pas le moindre détail, inondé qu'il était de lumière. Il portait l'habit bleu à larges revers, le gilet rouge brodé d'or, le pantalon collant blanc, les bottes à retroussis; il avait la main gauche appuyée à la poignée de son sabre, la main droite enfoncée dans sa poitrine, et, impardonnable insolence, la tête couverte de son chapeau à trois cornes, sur lequel flottait le panache tricolore, emblème de cette Révolution qui a élevé le peuple à la hauteur du trône et abaissé les rois au niveau de l'échafaud.
C'était l'ambassadeur de France, ce même Garat qui, au nom de la Convention nationale, avait lu, au Temple, la sentence de mort à Louis XVI.
On comprend l'effet qu'avait produit dans un pareil moment une semblable apparition.
Alors, au milieu d'un silence de mort, que nul ne songeait à rompre, d'une voix ferme, vibrante, sonore, il dit:
—Malgré les trahisons sans cesse renouvelées de cette cour menteuse qu'on appelle la cour des Deux-Siciles, je doutais encore; j'ai voulu voir de mes yeux, entendre de mes oreilles; j'ai vu et entendu! Plus explicite que ce Romain qui, dans un pan de sa toge, apportait au Sénat de Carthage la paix ou la guerre, moi, je n'apporte que la guerre, car vous avez aujourd'hui renié la paix. Donc, roi Ferdinand, donc, reine Caroline, la guerre puisque vous la voulez; mais ce sera une guerre d'extermination, où vous laisserez, je vous en préviens, malgré celui qui est le héros de cette fête, malgré la puissance impie qu'il représente, où vous laisserez le trône et la vie. Adieu!
Je quitte Naples, la ville du parjure; fermez-en les portes derrière moi, réunissez vos soldats derrière vos murailles, hérissez de canons vos forteresses, rassemblez vos flottes dans vos ports, vous ferez la vengeance de la France plus lente, mais vous ne la ferez pas moins inévitable ni moins terrible; car tout cédera devant ce cri de la grande nation: Vive la République!
Et, laissant le nouveau Balthasar et ses convives épouvantés devant les trois mots magiques qui venaient de retentir sous les voûtes, et que chacun croyait lire en lettres de flamme sur les murs de la salle du festin, le héraut qui venait, comme le fécial antique, de jeter sur le sol ennemi le javelot enflammé et sanglant, symbole de la guerre, s'éloigna à pas lents, faisant résonner le fourreau de son sabre sur les degrés de marbre de l'escalier.