La reine, contre tous les usages, avait porté la santé de Nelson, libérateur de l'Italie; suivant son exemple, Emma Lyonna avait bu au héros du Nil, puis, passant à Nelson le verre où elle avait trempé sa lèvre, changé le vin en flammes; et, à chaque toast, des hourras frénétiques, des applaudissements à faire crouler la salle, avaient éclaté.

On atteignit ainsi le dessert dans un enthousiasme croissant, qu'une circonstance inattendue porta jusqu'au délire.

Au moment où les quatre-vingts convives n'attendaient plus, pour se lever de table, que le signal que devait donner le roi en se levant lui-même, le roi se leva en effet, et son exemple fut suivi; mais le roi debout demeura à sa place. Aussitôt, ce chant si grave, si large, si profondément mélancolique, commandé par Louis XIV à Lulli pour faire honneur à Jacques II, l'exilé de Windsor, l'hôte royal de Saint-Germain, le God save the king éclata chanté par les plus belles voix du théâtre Saint-Charles, accompagnées des cent vingt musiciens de l'orchestre.

Chaque couplet fut applaudi avec fureur, et le dernier couplet applaudi plus longuement et plus bruyamment encore que les autres, parce que l'on croyait le chant terminé, lorsqu'une voix pure, sonore, vibrante commença ce couplet, ajouté pour la circonstance, et dont le mérite était plus dans l'intention qui l'avait dicté que dans la valeur des vers:

Joignons-nous, pour fêter la gloire

Du favori de la Victoire,

Des Français l'effroi!

Des Pharaons l'antique terre

Chante avec la noble Angleterre,

De Nelson orgueilleuse mère: