»Un noyer à l'écorce lisse ombrageait l'autre côté de la route; je déchargeai un de mes pistolets dans l'arbre; puis, avec le second, je doublai si exactement ma balle, que mon père crut d'abord que j'avais manqué l'arbre.
»Il descendit, et, avec la pointe de son couteau, s'assura que les deux balles étaient dans le même trou.
»—Bien, me dit-il, recharge tes pistolets.
»—Il sont rechargés.
»—Partons alors.
»On nous tenait nos chevaux prêts; je plaçai mes pistolets dans leurs fontes; je remarquai que mon père mettait une nouvelle amorce aux siens.
»Nous partîmes.
»Vers onze heures du matin, nous atteignîmes une ville où s'agitait une grande foule; c'était jour de marché et tous les paysans des environs y affluaient.
»Nous mîmes nos chevaux au pas et nous atteignîmes la place. Pendant toute la route, mon père était demeuré muet; mais cela ne m'avait point étonné: il passait parfois des journées entières sans prononcer une parole.
»En arrivant sur la place, nous nous arrêtâmes; il se haussa sur ses étriers et jeta les yeux de tous côtés.