»Et puis il lui rendait compte du changement d'habits et de la manière dont ils s'étaient acquittés de leurs rôles, et il ajoutait, les larmes aux yeux et en riant de toute la force de ses poumons:
»—C'était lui le roi! Si nous eussions rencontré les jacobins, il était pendu, et moi, j'étais sauvé!
»Tout est étrange dans cette histoire: étrange défaite, étrange fuite, étrange proposition, étrange révélation de ces faits, enfin, devant un étranger, car tel j'étais pour la cour et surtout pour le roi, auquel je n'avais parlé qu'une fois ou deux.
»Heureusement pour l'humanité, la chose la moins étrange, c'est le dévouement de l'honnête courtisan.»
Maintenant, l'esquisse que nous traçons d'un des personnages de notre livre, personnage à la ressemblance duquel nous craignons que l'on ne puisse croire, serait incomplète si nous ne voyions ce pulcinella royal que sous son côté lazzarone; de profil, il est grotesque; mais, de face, il est terrible.
Voici, traduite textuellement sur l'original, la lettre qu'il écrivait à Ruffo, vainqueur et près d'entrer à Naples; c'est une liste de proscriptions dressée à la fois par la haine, par la vengeance et par la peur:
«Palerme, 1er mai 1799.
«Mon très-éminent,
»Après avoir lu et relu, et pesé avec la plus grande attention le passage de votre lettre du 1er avril, relatif au plan à arrêter sur le destin des nombreux criminels tombés ou qui peuvent tomber dans nos mains, soit dans les provinces, soit lorsque, avec l'aide de Dieu, la capitale sera rendue à ma domination, je dois d'abord vous annoncer que j'ai trouvé tout ce que vous me dites à ce sujet plein de sagesse, et illuminé de ces lumières, de cet esprit et de cet attachement dont vous m'avez donné et me donnez continuellement des preuves non équivoques.
»Je viens donc vous faire connaître quelles sont mes dispositions.