—Avril et mai, les mois des fleurs! Un vendredi; le jour consacré à Vénus! Tout s'explique. Voilà pourquoi Vénus domine, reprit la sorcière. Vénus! la seule déesse qui ait conservé son empire sur nous, quand tous les autres dieux ont perdu le leur. Vous êtes née sous l'union de Vénus et de la Lune, et c'est Vénus qui l'emporte et qui vous donne ce cou blanc, rond, de moyenne longueur, que nous appelons la tour d'ivoire; c'est Vénus qui vous donne ces épaules arrondies, un peu tombantes; ces cheveux ondoyants, soyeux, épais; ce nez élégant, rond, aux narines dilatées et sensuelles.

—Nanno! fit la jeune femme d'une voix plus impérative en se dressant tout debout et appuyant sa main sur la table.

Mais l'interruption fut inutile.

—C'est Vénus, continua l'Albanaise, qui vous donne cette taille souple, ces attaches fines, ces pieds d'enfant; c'est Vénus qui vous donne le goût de la mise élégante, des vêtements clairs, des couleurs tendres; c'est Vénus qui vous fait douce, affable, naïve, portée à l'amour romanesque, portée au dévouement.

—Je ne sais si je suis prompte au dévouement, Nanno, dit la jeune femme d'un ton radouci et presque triste; mais, à coup sur, tu te trompes à l'endroit de l'amour.

Puis, retombant sur son fauteuil comme si ses jambes eussent à peu près perdu la force de la porter:

—Car jamais je n'ai aimé! continua-t-elle avec un soupir.

—Tu n'as jamais aimé! reprit Nanno; et à quel âge dis-tu cela? A vingt-deux ans, n'est-ce pas?... Mais attends, attends!

—Tu oublies que je suis mariée, dit la jeune femme d'une voix languissante, et à laquelle elle essayait vainement de donner de la fermeté,—et que j'aime et je respecte mon mari.

—Oui, oui! je sais tout cela, répliqua la sorcière; mais je sais aussi qu'il a près de trois fois ton âge. Je sais que tu l'aimes et que tu le respectes; mais je sais que tu l'aimes comme un père et que tu le respectes comme un vieillard. Je sais que tu as l'intention, la volonté même de rester pure et vertueuse; mais que peuvent l'intention et la volonté contre l'influence des astres?—Ne t'ai-je pas dit que tu étais née de l'union de Vénus et de la Lune, les deux astres d'amour? Mais peut-être échapperas-tu à leur influence.—Voyons ta main. Job, le grand prophète, a dit: «Dans la main des hommes, Dieu a mis les signes qui font reconnaître son oeuvre.»