—Nanno! dit la jeune femme écartant ses mains comme pour les cacher, mais démasquant un visage souriant, je ne vous ai point appelée pour me faire des compliments.
Mais Nanno, sans écouter, continua, et, se reprenant à la figure qu'on lui livrait de nouveau:
—Le front beau, blanc, pur, sillonné de veines azurées. Les sourcils noirs, bien dessinés, commençant à la racine du nez, et entre les deux sourcils, trois ou quatre petites lignes brisées. Oh! belle créature! tu es bien consacrée à Vénus, va!
—Nanno! Nanno! s'écria la jeune femme.
—Mais laisse-la donc tranquille, petite soeur, dit Michel. Elle prétend que tu es belle; est-ce que tu ne le sais pas? est-ce que ton miroir ne te le dit pas tous les jours? est-ce que quiconque te voit n'est pas de l'avis de ton miroir? est-ce que tout le monde ne dit pas que le chevalier San-Felice porte un nom prédestiné, puisque, heureux de nom, il l'est aussi en effet[3].
Note 3: [(retour) ]
Inutile de dire que la traduction de San-Felice est sainte heureuse.
—Michel! fit la jeune femme mécontente que son frère de lait révélât ainsi son nom en révélant celui de son mari.
Mais, tout à son examen, la sorcière continua:
—La bouche est petite, vermeille; la lèvre supérieure est un peu plus grosse que la lèvre inférieure; les dents sont blanches, bien rangées; les lèvres sont couleur de corail; le menton est rond; la voix est molle, un peu traînante, s'enrouant facilement. Vous êtes née un vendredi, n'est-ce pas, à minuit ou bien près de minuit?
—C'est vrai, murmura la jeune femme d'une voix, en effet, légèrement enrouée par l'émotion qu'elle éprouvait et à laquelle elle cédait, malgré ses efforts; ma mère m'a dit souvent que mon premier cri s'était mêlé aux dernières vibrations de la pendule sonnant les douze heures qui séparaient le dernier jour d'avril du premier jour de mai.