—Commençons par le pouce, reprit la sorcière; c'est lui qui résume tous les autres signes de la main: le pouce est l'agent principal de la volonté et de l'intelligence; les idiots naissent ordinairement sans pouces ou avec des pouces difformes ou atrophiés[4]; les épileptiques, dans leurs crises, ferment leurs pouces avant les autres doigts. Pour conjurer le mauvais oeil, on étend l'index et l'auriculaire, et l'on cache les pouces dans la paume de la main.
Note 4: [(retour) ]
Voir, du reste, pour les études sur la main, le livre de mon excellent ami Desbarrolles.
—Cela est vrai, petite soeur, s'écria Michel, c'est ainsi que je fais quand j'ai le malheur de rencontrer sur mon chemin le chanoine Jorio.
—La première phalange du pouce, celle qui porte l'ongle, continua Nanno, est le signe de la volonté. Vous avez la première phalange du pouce courte; donc, vous êtes faible, sans volonté, facile à entraîner.
—Faut-il que je me fâche? demanda en riant celle à qui était donnée cette explication plus vraie que flatteuse.
—Voyons le mont de Vénus, dit la sorcière en allongeant son ongle, que l'on eût dit une griffe de corne enchâssée dans l'ébène, sur la partie charnue et renflée qui faisait la base du pouce; toute cette portion de la main dans laquelle sont compris la génération et les désirs matériels, est consacrée à l'irrésistible déesse; la ligne de vie l'entoure comme un ruisseau qui coule au bas d'une colline et l'isole comme une île.—Vénus, qui a présidé à votre naissance, Vénus, qui, pareille à ces fées, marraines prodigieuses des jeunes princesses, Vénus, qui vous a donné la grâce, la beauté, la mélodie, l'amour des belles formes, le désir d'aimer, le besoin de plaire, la bienveillance, la charité, la tendresse, Vénus se montre ici plus puissante que jamais.—Ah! si nous pouvions trouver les autres lignes aussi favorables que celles-ci, quoique...
—Quoique?...
—Rien.
La jeune femme regarda la sorcière, dont les sourcils s'étaient froncés un instant.
—Il y a donc d'autres lignes que celles de vie? demanda-t-elle.