—Il y en a trois: ce sont ces trois lignes qui forment dans la main l'M majuscule, que le vulgaire indique comme la première lettre du mot Mort, signe terrible, chargé par la nature elle-même de rappeler à l'homme qu'il est mortel; les deux autres sont la ligne du coeur; la voici: elle s'étend de la base de l'index à celle du petit doigt; maintenant, voyez la ligne de tête, c'est celle qui coupe en deux le milieu de la main.
Michel s'approcha de nouveau et donna une attention profonde à la démonstration de la sorcière.
—Pourquoi ne m'as-tu pas expliqué tout cela à moi? lui demanda-t-il. Me croyais-tu trop bête pour te comprendre?
Nanno haussa les épaules sans lui répondre; mais, continuant de s'adresser à la jeune femme:
—Suivons d'abord la ligne du coeur, dit-elle; regarde comme elle s'étend depuis le mont de Jupiter, c'est-à-dire depuis la base de l'index, jusqu'au mont de Mercure, c'est-à-dire jusqu'à la base du petit doigt. Elle indique, restreinte, une grande chance de bonheur: trop étendue, comme chez toi, elle indique une probabilité de souffrances terribles; elle se brise sous Saturne, c'est-à-dire sous le médium, c'est fatalité; elle est d'un rouge vif qui tranche avec la mate blancheur de ta main, c'est amour, ardent jusqu'à la violence.
—Et voilà justement ce qui m'empêche de croire à tes prédictions, Nanno, dit la San-Felice en souriant; mon coeur est tranquille.
—Attends, attends, t'ai-je dit, répliqua la sorcière en s'exaltant; attends, attends, incrédule! car le moment où un grand changement doit se faire dans ta destinée n'est pas loin. Puis encore un signe funeste: regarde! La ligne du coeur s'unit, comme tu le vois, à la ligne de tête, entre le pouce et l'index, signe funeste, mais qui peut cependant être combattu par un signe contraire dans l'autre main. Voyons la main droite!
La jeune femme obéit et tendit à la sibylle la main que celle-ci lui demandait.
Nanno secoua la tête.
—Même signe, dit-elle, même jonction.