Quant aux boulets, Championnet avait établi des fours, et il en faisait fondre quatre ou cinq mille par jour. Ce qu'il demandait donc en grâce aux patriotes, c'était de ne rien hâter, ayant besoin d'un mois encore pour se mettre en mesure, non pas d'envahir, mais de se défendre.
Salvato était chargé d'une lettre dans ce sens pour l'ambassadeur français à Naples, lettre où Championnet exposait à Garat sa situation, et le priait de mettre tous ses soins à retarder une rupture entre les deux cours. Cette lettre, heureusement enfermée dans un portefeuille de basane hermétiquement fermé, n'avait point été atteinte par l'eau.
Au reste, Salvato en connaissait le contenu, et, fût-elle devenue illisible, il pouvait la redire mot pour mot à l'ambassadeur; seulement, l'ambassadeur, ne recevant pas la lettre, perdait la mesure du degré de confiance qu'il pouvait accorder au porteur.
Tous ces faits exposés aux conjurés, il y eut un instant de silence pendant lequel ils se regardèrent, s'interrogeant des yeux les uns les autres.
—Que faire? demanda le comte de Ruvo, le plus impatient de tous.
—Suivre les instructions du général, répondit Cirillo.
—Et, pour m'y conformer, ajouta Salvato, je me rends à l'instant même chez l'ambassadeur de France.
—Hâtez-vous, alors! dit du haut de l'escalier une voix qui fît tressaillir tous les conjurés, et Salvato lui-même; car cette voix n'avait pas encore été entendue. L'ambassadeur, à ce que l'on assure, part cette nuit ou demain matin pour Paris.
—Velasco! firent à la fois Nicolino et Manthonnet.
Puis, continuant seul, Nicolino ajouta: