Alors, Salvato revint sur ses pas; les quatre hommes, qui s'étaient réunis et que l'on reconnaissait parfaitement pour être de la même bande, l'attendirent:

—Non-seulement, dit Salvato, lorsqu'il ne fut plus qu'à quatre pas d'eux, non-seulement je ne veux pas que l'on me barre le passage, mais encore je ne veux pas que l'on me suive.

Deux des hommes avaient déjà tiré leur couteau et le tenaient à la main.

—Voyons, dit le chef, il y a peut-être moyen de s'entendre, au bout du compte; car, à la manière dont vous parlez le napolitain, il est impossible que vous soyez Français.

—Et que t'importe que je sois Français ou Napolitain?

—Ceci, c'est mon affaire. Répondez franchement.

—Je crois que tu te permets de m'interroger, coquin!

—Oh! ce que j'en fais, monsieur le gentilhomme, c'est pour vous et non pour moi. Voyons: êtes-vous l'homme qui, venant de Capoue à cheval, avec l'uniforme français, a pris une barque à Pouzzoles, et, malgré la tempête, a forcé deux marins de le conduire au palais de la reine Jeanne?

Salvato pouvait répondre non, se servir de sa facilité à parler le patois napolitain pour augmenter les doutes de celui qui l'interrogeait; mais il lui sembla que mentir, même à un sbire, c'était toujours mentir, c'est-à-dire commettre une action abaissant la dignité humaine.

—Et si c'était moi, demanda Salvato, qu'arriverait-il?