La jeune femme resta pensive; puis, après quelques secondes:
—Tu as raison, Michele, dit-elle. Voyons s'il y a sur lui quelque papier qui nous indique où nous devons le faire porter.
On eut beau chercher dans les poches du blessé, on ne trouva rien que sa bourse et sa montre; ce qui prouvait qu'il n'avait point eu affaire à des voleurs; mais, quant à ses papiers, s'il en avait eu sur lui, ils avaient disparu.
—Mon Dieu, mon Dieu! que faire? s'écria Luisa. Je ne puis cependant pas abandonner une créature humaine dans cet état.
—Petite soeur, dit Michele du ton d'un homme qui a trouvé un moyen, si le chevalier était venu pendant que Nanno te disait la bonne aventure, ne devions-nous pas disparaître dans la maison de ton amie la duchesse Fusco, qui est vide et dont tu as les clefs?
—Oh! tu as raison, tu as raison, Michele! s'écria la jeune femme. Oui, portons-le chez la duchesse; on le mettra dans une des chambres dont les fenêtres donnent sur le jardin. Il y a une porte de sortie. Merci, Michele! Nous pourrons, s'il ne meurt pas, pauvre jeune homme, nous pourrons lui donner là tous les soins que réclame son état.
—Et, continua Michele, ton mari, ignorant tout, pourra au besoin protester de son ignorance; ce qu'il ne ferait pas s'il était averti.
—Non, tu le connais bien, il se livrerait, mais ne mentirait pas. Il faut qu'il ignore tout, il le faut, non pas que je doute de son coeur; mais, comme tu le dis, je ne dois pas le mettre entre son devoir comme ami du prince et sa conscience comme chrétien. Éclaire-nous, Nanno, dit la jeune femme à la sorcière, qui rentrait avec un paquet de plantes de familles diverses; non, il ne faut pas que, dans la maison, il reste trace de ce jeune homme.
Et le cortége, éclairé par Nanno, se remit en chemin, traversa trois ou quatre chambres, et finit par disparaître derrière la porte de communication qui donnait dans la maison voisine.
Mais à peine venait-on de déposer le blessé sur un lit, dans une des chambres désignées par la San-Felice elle-même, que Nina, moins préoccupée que sa maîtresse, lui posa vivement la main sur le bras.