La jeune femme comprit que la camériste réclamait son attention, et écouta.
On frappait à la porte du jardin.
—C'est le chevalier! s'écria Luisa.
—Et vite, vite, madame, dit Nina, mettez-vous au lit avec votre peignoir; je me charge du reste.
—Michele! Nanno! s'écria la jeune femme, leur recommandant d'un geste suprême le blessé.
Un signe d'eux la rassura autant qu'elle pouvait être rassurée.
Puis, comme enchaînée par un songe, se heurtant aux murailles, haletante, éperdue, murmurant des paroles sans suite, elle gagna sa chambre, n'eut que le temps de jeter sur une chaise ses bas et ses pantoufles, de s'étendre dans son lit, et, le coeur bondissant, mais la respiration comprimée, de fermer les yeux et de faire semblant de dormir.
Cinq minutes après, le chevalier San-Felice, à qui Nina avait expliqué la mise des verrous à la porte du jardin comme une étourderie de sa part, entrait dans la chambre de sa femme sur la pointe du pied, le visage souriant et le bougeoir à la main.
Il s'arrêta un instant debout devant le lit, contempla Luisa à la lueur de cette bougie de cire rose qu'il tenait à la main, puis abaissa avec lenteur ses lèvres sur son front en murmurant:
—Dors sous la garde du Seigneur, ange de pureté, et le ciel te sauve de tout contact avec les anges de perdition que je quitte!