—Elle n'avait point de raison d'en vouloir au blessé, n'est-ce pas?

—Aucune: elle ne le connaît pas, et, au contraire, elle a paru prendre un grand intérêt à sa situation.

—Alors, vous n'avez point la crainte que, dans un but de vengeance quelconque, elle n'ait employé des herbes vénéneuses.

—Bon Dieu! s'écria Luisa en pâlissant, vous m'y faites penser; mais non, c'est impossible. Le blessé, à part une grande faiblesse, a paru soulagé dès que l'appareil a été posé.

—Ces femmes, dit Cirillo comme s'il se parlait à lui-même, ont, en effet, quelquefois des secrets excellents. Au moyen âge, avant que la science nous fût venue de la Perse, avec les Avicenne, et de l'Espagne, avec les Averrhoès, elles furent les confidentes de la nature, et, si la médecine était moins fière, elle avouerait qu'elle leur doit quelques-unes de ses meilleures découvertes. Seulement, ma chère Luisa, continua-t-il en revenant à la jeune femme, ces sortes de créatures sont sauvages et jalouses, et il y aurait danger pour le malade que votre sorcière sût qu'un autre médecin qu'elle lui donne des soins. Tâchez donc de l'éloigner afin que je voie le blessé seul.

—Eh bien, c'est ce que j'avais pensé, mon ami, et ce dont je voulais vous avertir, dit Luisa. Maintenant que vous savez tout et que vous-même avez été au-devant de mes craintes, venez! vous entrerez dans une chambre voisine; j'éloignerai Nanno sous un prétexte quelconque, et, alors, alors, ô cher docteur, dit Luisa en joignant les mains comme elle eût fait devant Dieu, alors, vous le sauverez, n'est-ce pas?

—C'est la nature qui sauve, mon enfant, et non pas nous autres, répondit Cirillo. Nous l'aidons, voilà tout; et j'espère qu'elle aura déjà fait pour notre cher blessé tout ce qu'elle pouvait faire. Mais ne perdons point de temps: dans ces sortes d'accidents, la promptitude des soins est pour beaucoup dans la guérison. S'il faut se fier à la nature, il ne faut pas non plus lui laisser tout à faire.

—Venez donc, alors, dit Luisa.

Elle marcha la première, le docteur la suivit.

On traversa la longue file d'appartements qui faisaient partie de la maison San-Felice, puis on ouvrit la porte de communication donnant dans la maison voisine.