Qui pouvait à ce point préoccuper la population du vieux Naples?

Fra Pacifico allait sans doute le savoir, car un grand bourdonnement venait du vico del Mercato, espèce de ruelle qui donne, d'un côté, sur le Vieux-Marché, de l'autre, sur le quai, et que l'on appelait à cette époque vico dei Sospiri-dell'abisso[3], nom poétique que la municipalité moderne a cru devoir lui enlever et qui lui venait de ce que c'était par là que passaient les condamnés à mort, que l'on suppliciait d'habitude sur le Vieux-Marché, et qui, en entrant dans cette ruelle et voyant pour la première fois l'échafaud, poussaient presque toujours à cette vue un soupir si profond, qu'il semblait sortir de l'abîme.

Note 3: [(retour) ]

Ruelle des Soupirs-de-l'abîme.

Or, non-seulement il fallait que fra Pacifico passât par ce même vico dei Sospiri, mais encore il comptait prendre un gigot de mouton à un beccaïo dont la boutique faisait le coin de cette ruelle et de la rue Sant-Eligio.

Il ne pouvait donc manquer de savoir ce dont il s'agissait.

Au reste, ce devait être quelque chose d'important qui était arrivé; car, à mesure qu'il approchait de la rue Sant-Eligio, la foule devenait plus épaisse et plus agitée; il lui semblait entendre prononcer, d'une voix sourde et menaçante, ces mots Français et jacobins. Cependant, comme cette foule s'ouvrait devant lui avec son respect accoutumé, il ne tarda point d'arriver à la boutique où il comptait, nous l'avons dit, prendre un des sept ou huit gigots qui devaient constituer pour le lendemain le rôti de la communauté.

La boutique était encombrée d'hommes et de femmes hurlant et gesticulant comme des possédés.

—Holà, beccaïo! cria le moine.

La maîtresse de la maison, espèce de mégère aux cheveux gris et épars, reconnut la voix du moine, et, écartant les discuteurs à coups de poing, d'épaule et de coude:

—Venez, mon père, dit-elle; c'est le bon Dieu qui vous envoie. Il a grand besoin de vous et du cordon de Saint-François, allez, votre pauvre beccaïo!