En une seconde, le duc della Torre fut lié sur le corps de son frère aux poutres du bûcher.

Don Clemente rouvrit les yeux. Il avait senti sur ses lèvres la pression d'une bouche amie.

Il reconnut le duc.

Déjà noyé dans le vague de la mort, il murmura:

—Antonio! Antonio! pardonne-moi!

—Tu l'as dit, don Clemente, répondit le duc, les dieux nous aiment; ainsi que Cléobis et Biton, nous mourrons ensemble! Je te bénis, frère de mon coeur! je te bénis, Clemente!

En ce moment, au milieu des cris de joie, des railleries impies, des blasphèmes sanglants de cette multitude, un homme approcha une torche des papiers et des livres amassés au pied du bûcher et auxquels le duc n'avait donné ni un regard ni un soupir, tandis qu'un autre s'écriait:

—De l'eau! de l'eau! il ne faut pas qu'ils meurent trop vite!

Et, en effet, le supplice des deux frères dura trois heures!

Ce fut au bout de trois heures seulement que, rassasié de souffrances, le peuple se dispersa, chaque homme emportant un lambeau de chair brûlée, au bout de son couteau, de son poignard ou de son bâton.