—Monsieur, dit-il à don Antonio, aussitôt que la porte se fut refermée sur le couple heureux qui probablement à cette heure raillait impitoyablement le pauvre amoureux, inutile de vous dire, n'est-ce pas, que j'aime votre fille Francesca?

—Si c'est inutile, répliqua en goguenardant don Antonio, alors, pourquoi le dis-tu?

—Inutile pour vous, monsieur, mais non pour moi qui viens vous la demander en mariage.

Don Antonio éclata de rire.

—Je ne vois rien à rire là dedans, monsieur, dit Michele Pezza sans s'emporter le moins du monde; et, vous parlant sérieusement, j'ai le droit d'être écouté sérieusement.

—En effet, quoi de plus sérieux? dit le charron en continuant de railler. M. Michele Pezza fait à don Antonio l'honneur de lui demander sa fille en mariage!

—Je ne crois pas, monsieur, vous faire particulièrement honneur, à vous, répliqua Pezza conservant le même sang-froid; je crois l'honneur réciproque, et vous allez me refuser ma demande, je le sais bien.

—Pourquoi t'exposes-tu à un refus, alors?

—Pour mettre ma conscience en repos.

—La conscience de Michele Pezza! fit don Antonio en éclatant de rire.