—Et pourquoi, répliqua le jeune homme avec le même sang-froid, pourquoi Michele Pezza n'aurait-il pas une conscience comme don Antonio? Comme don Antonio, il a deux bras pour travailler, deux jambes pour marcher, deux yeux pour voir, une langue pour parler, un coeur pour aimer et haïr. Pourquoi n'aurait-il pas, comme don Antonio, une conscience pour lui dire: «Ceci est bien, ceci est mal?»

Ce sang-froid auquel il ne s'attendait point de la part d'un si jeune homme dérouta entièrement le charron; cependant, s'attachant au vrai sens des paroles de Michele Pezza:

—Mettre ta conscience en repos, ajouta-t-il; ce qui veut dire que, si je te refuse ma fille, il arrivera quelque malheur.

—Probablement, répondit Michele Pezza avec le laconisme d'un Spartiate.

—Et quel malheur arrivera-t-il? demanda le charron.

—Dieu seul et la sorcière Nanno le savent! dit Pezza; mais il arrivera un malheur, attendu que, moi vivant, Francesca ne sera jamais la femme d'un autre.

—Tiens, va-t'en! tu es fou.

—Je ne suis pas fou, mais je m'en vais.

—C'est bien heureux! murmura don Antonio.

Michele Pezza fit quelques pas vers la porte; mais, à mi-chemin, il s'arrêta.