—Vous me voyez partir si tranquillement, dit-il, parce que vous comptez qu'un jour ou l'autre, sur votre demande, votre compère Giansimone me mettra à la porte de chez lui, comme vous venez de me mettre à la porte de chez vous.
—Hein? fit don Antonio étonné.
—Détrompez-vous! nous nous sommes expliqués et je resterai chez lui tant qu'il me fera plaisir d'y rester.
—Ah! le malheureux! s'écria don Antonio, il m'avait cependant promis...
—Ce qu'il ne pouvait pas tenir... Vous avez le droit de me mettre à la porte de chez vous, et je ne vous en veux pas de m'y mettre, parce que je suis un étranger; mais il n'en avait pas le droit, lui, parce que je suis son apprenti.
—Eh bien, après? dit don Antonio se redressant. Que tu restes ou ne restes pas chez le compère, peu importe! nous sommes chacun chez nous; seulement, je te préviens, à mon tour, après les menaces que tu viens de me faire, que, si désormais je te trouve chez moi, ou te vois, de jour ou de nuit, rôder dans mon bien, comme je connais par toi-même tes mauvaises intentions, je te tue comme une bête enragée.
—C'est votre droit, mais je ne m'y exposerai pas; maintenant, réfléchissez.
—Oh! c'est tout réfléchi.
—Vous me refusez la main de Francesca?
—Plutôt deux fois qu'une.