On sentait dans le premier le courage brutal uni à la force musculaire; on devinait dans le second une puissance de volonté invincible et suprême.
Michele était visiblement le plus faible et probablement le moins adroit; mais, chose étrange, si les paris eussent été dans les moeurs des spectateurs, les trois quarts eussent parié pour lui.
Les premiers coups se perdirent, soit dans l'air, soit dans les plis des vestes; les deux lames se croisaient comme des dards de vipères qui jouent.
Tout à coup, la main droite de Peppino se couvrit de sang: du tranchant de son couteau, Michele lui avait ouvert les quatre doigts.
Ce dernier fit un bond en arrière pour donner le temps à son adversaire de changer son couteau de main, s'il ne pouvait plus se servir de sa main droite.
En refusant toute grâce pour lui, Michele avait interdit à son adversaire d'en demander aucune.
Peppino prit son couteau entre ses dents, banda avec son mouchoir sa main droite blessée, changea sa veste de bras et reprit son couteau de la main gauche.
Pezza, sans doute, ne voulut pas conserver sur son adversaire un avantage que celui-ci avait perdu, il changea donc son couteau de main comme lui.
Au bout d'une demi-minute, Peppino avait reçu une seconde blessure au bras gauche.
Il poussa un rugissement, non de douleur, mais de rage; il commençait à entrevoir le dessein de son ennemi: Pezza voulait le désarmer, non le tuer.