—Peut-être vaudrait-il mieux que Leurs Altesses royales attendissent le départ du brigadier Martin et de ses soldats, fit observer M. de Châtillon.
—Et pourquoi cela, comte?
—Mais pour qu'il ne rencontre pas ces messieurs chez Leurs Altesses royales en venant prendre congé d'elles.
—En venant prendre congé de nous?... Pour mon compte, j'espère bien que le drôle n'aura pas l'impudence de se représenter devant moi. Prenez dix louis, Châtillon, et donnez-les au brigadier Martin pour lui et ses hommes. Je ne veux pas qu'il soit dit que ces odieux jacobins nous aient rendu un service sans en être payés.
—Je ferai ce qu'ordonne Votre Altesse royale; mais je doute que le brigadier accepte.
—Qu'il accepte quoi?
—Les dix louis que Votre Altesse royale lui offre.
—Il aimerait mieux les prendre, n'est-ce pas? Cette fois, il faudra bien qu'il se contente de les recevoir; mais qu'est-ce que c'est donc que cette musique? Est-ce que nous serions reconnues et que l'on nous donnerait une sérénade?
—Ce serait le devoir de la population, madame, répondit en souriant le jeune Corse, si elle savait qui elle a l'honneur de posséder dans ses murs; mais elle l'ignore, à ce que je suppose du moins, et cette musique est tout simplement celle d'une noce qui revient de l'église; la fille du charron qui demeure en face de cet hôtel se marie, et, comme il y a un rival, on présume que la journée ne se passera point sans tragédie; nous qui sommes ici depuis hier au soir, nous avons eu le temps de nous mettre au courant des nouvelles de la localité.
—Bien, bien, dit madame Adélaïde, nous n'avons rien à faire avec ces gens-là. Présentez-nous vos compagnons, monsieur de Cesare, présentez-nous-les. S'ils vous ressemblent, notre bienveillance leur est acquise. Et vous, Châtillon, portez ces dix louis au citoyen brigadier Martin, et, s'il demande à nous remercier, dites-lui que ma soeur et moi sommes indisposées.