Le comte de Châtillon et le lieutenant de Cesare sortirent pour exécuter les ordres qu'ils venaient de recevoir.

De Cesare rentra le premier avec ses compagnons, et c'était tout simple: les jeunes gens, dans leur empressement à savoir ce que décideraient Leurs Altesses royales, attendaient dans l'antichambre.

Ils n'eurent donc qu'à passer par la porte que venait de leur ouvrir leur introducteur. Madame Victoire, qui avait toujours eu un penchant à la dévotion, avait pris son livre d'heures et lisait sa messe, qu'elle n'avait pu entendre: elle se contenta de jeter un coup d'oeil rapide sur les jeunes gens et de faire un signe approbatif; mais il n'en fut point de même de madame Adélaïde: elle passa une véritable revue.

De Cesare lui présenta ses compagnons: tous étaient Corses; nous savons déjà le nom de leur introducteur et de trois d'entre eux: Francesco Bocchechiampe, Ugo Colonna et Antonio Guidone; les trois autres se nommaient Raimondo Cordara, Lorenzo Durazzo et Stefano Pittaluga.

Nous demandons pardon à nos lecteurs de tous ces détails; mais, l'inexorable histoire nous forçant d'introduire un grand nombre de personnages de toutes nations et de tous rangs dans notre récit, nous appuyons un peu plus longuement sur ceux qui doivent y acquérir une certaine importance.

Nous le répétons, c'est une immense épopée que celle que nous écrivons, et, à l'exemple d'Homère, le roi des poëtes épiques, nous sommes forcé de faire le dénombrement de nos soldats.

Comme nous, de Cesare suivit en petit l'exemple de l'auteur de l'Iliade, il nomma les uns après les autres ses six compagnons à madame Adélaïde; mais ce que lui avait dit le jeune Corse de la noblesse de Bocchechiampe l'avait frappée, et ce fut particulièrement à lui qu'elle s'adressa.

—M. de Cesare m'a annoncé que vous étiez gentilhomme, lui dit-elle.

—Il m'a fait trop d'honneur, Votre Altesse royale: je suis noble tout au plus.

—Ah! vous faites une distinction entre noble et gentilhomme, monsieur?