—Oh! sire, dit Mack, ce serait, en vérité, trop d'honneur pour ce manant.

—Vous croyez, baron? dit le roi reprenant sa bonne humeur. Laissons-le donc vivre et ne nous occupons que d'exterminer les Français. Voyons votre plan, général, voyons-le.

Et il referma la fenêtre avec plus de calme qu'on ne pouvait l'espérer de l'état d'exaspération où l'avait mis le son du cor, et dont heureusement l'avait, comme par miracle, tiré la flatterie banale du général Mack.

—Voyez, messieurs, dit Mack du ton d'un professeur qui enseigne à ses élèves, nos 60,000 hommes sont divisés en quatre ou cinq points sur cette ligne qui s'étend de Gaete à Aquila.

—Vous savez que nous en avons 65,000, dit le roi; ainsi ne vous en gênez pas.

—Je n'en ai besoin que de 60,000, sire, dit Mack; mes calculs sont établis sur ce chiffre, et Votre Majesté aurait 100,000 hommes, que je ne lui prendrais pas un tambour de plus; d'ailleurs, j'ai les renseignements les plus exacts sur le nombre des Français, ils ont à peine 10,000 hommes.

—Alors, dit le roi, nous serons six contre un, voilà qui me rassure tout à fait. Dans la campagne de 96 et de 97, les soldats de mon neveu n'étaient que deux contre un, quand ils ont été battus par le citoyen Buonaparte.

—Je n'étais point là, sire, répondit Mack avec le sourire de la suffisance.

—C'est vrai, répondit le roi avec une parfaite simplicité; il n'y avait là que Beaulieu, Wurmser, Alvinzi et le prince Charles.

—Sire, sire! murmura la reine en tirant Ferdinand par la basque de sa veste de chasse.