—Le suprême commandement!... Hum!

—Votre Majesté refuserait-elle?... On m'avait fait espérer cependant...

—Qui cela?

—Sa Majesté la reine.

—Sa Majesté la reine est bien bonne; mais Sa Majesté la reine, dans la trop haute opinion qu'elle a toujours eue de moi et qui se manifeste en cette occasion, oublie que je ne suis pas un homme de guerre. A moi le suprême commandement? continua le roi. Est-ce que San-Nicandro m'a élevé à être un Alexandre ou un Annibal? est-ce que j'ai été à l'École de Brienne comme le citoyen Buonaparte? est-ce que j'ai lu Polybe? est-ce que j'ai lu les Commentaires de César? est-ce que j'ai lu le chevalier Folard, Montecuculli, le maréchal de Saxe, comme votre frère le prince Charles? est-ce que j'ai lu tout ce qu'il faut lire, enfin, pour être battu dans les règles? est-ce que j'ai jamais commandé autre chose que mes Lipariotes?

—Sire, répondit Mack, un descendant de Henri IV et un petit-fils de Louis XIV sait tout cela sans l'avoir appris.

—Mon cher général, dit le roi, allez conter ces bourdes à un sot, mais pas à moi qui ne suis qu'une bête.

—Oh! sire! s'écria Mack étonné d'entendre un roi dire si franchement son opinion sur lui-même.

Mack attendit, Ferdinand se grattait l'oreille.

—Et puis? demanda Mack voyant que ce que le roi avait à dire ne venait pas tout seul.