Le roi se sentit pris; Caroline l'avait, pendant son sommeil, garrotté comme Gulliver à Lilliput; il lui fallait faire contre mauvaise fortune bon coeur; seulement, il essaya de se cramponner à la dernière objection qui se présentait à son esprit.
—Votre Grâce a entendu, dit-il, ce dont il est question, et notre ministre des finances, sachant que nous sommes entre amis et que l'on n'a pas de secrets pour ses amis, nous a avoué franchement qu'il n'y avait plus d'argent dans les caisses; alors, je faisais cette objection que, sans argent, il n'y avait pas de guerre possible.
—Et Votre Majesté faisait, comme toujours, preuve d'une profonde sagesse, répondit Nelson; mais voici, par bonheur, des pouvoirs de M. Pitt qui me mettent à même de remédier à cette pénurie.
Et Nelson posa sur la table du conseil un pouvoir conçu en ces termes:
«A son arrivée à Naples, lord Nelson, baron du Nil, est autorisé à s'entendre avec sir William Hamilton, notre ambassadeur près la cour des Deux-Siciles, pour soutenir notre auguste allié le roi de Naples dans toutes les nécessités où pourrait l'entraîner une guerre contre la république française.
»W. PITT.
»Londres, 7 septembre 1798.»
Acton traduisit les quelques lignes de Pitt au roi, qui appela près de lui le cardinal, comme un renfort contre le nouvel allié de la reine qui venait d'apparaître.
—Et Votre Seigneurie, dit Ferdinand, peut, à ce que disait la reine, mettre à notre disposition...?
—Un million de livres sterling, dit Nelson.