Luisa laissa donc le chevalier descendre le perron et aller lui-même ouvrir la porte du jardin; mais, inquiète à chaque circonstance nouvelle qui pouvait donner à son mari soupçon de ce qui s'était passé pendant la nuit, elle courut à la fenêtre, y passa vivement la tête, et, sans pouvoir découvrir qui c'était, vit un homme qui paraissait d'un certain âge déjà, et qui, abrité sous un chapeau à larges bords, examinait, avec une attention qui lui fit passer un frisson dans les veines, la porte contre laquelle s'était adossé Salvato, et le seuil sur lequel il était tombé.
La porte s'ouvrit, l'homme entra sans que Luisa eût pu le reconnaître.
Au son joyeux de la voix de son mari, qui invitait le visiteur à le suivre, Luisa comprit que c'était un ami.
Très-pâle, très-agitée, elle alla reprendre sa place à table.
Son mari entra, poussant devant lui Cirillo.
Elle respira. Cirillo l'aimait beaucoup, et, de son côté, elle avait une grande affection pour lui, parce que Cirillo, ayant autrefois été le médecin du prince Caramanico, parlait souvent de lui—quoiqu'il ignorât le lien de parenté qui l'attachait à Luisa—avec amour et vénération.
En l'apercevant, elle se leva donc et jeta un cri de joie; rien de mauvais ne pouvait lui venir de la part de Cirillo.
Hélas! bien des fois, pendant cette nuit qu'elle avait passée presque tout entière au chevet du blessé, elle avait pensé au bon docteur, et, peu confiante dans la science de Nanno, elle avait dix fois été sur le point d'envoyer Michele à sa recherche; mais elle n'avait point osé mettre ce désir à exécution. Que penserait Cirillo du mystère qu'elle faisait à son mari de ce terrible événement qui s'était passé sous ses yeux, et comment apprécierait-il les raisons qu'elle croyait avoir de garder sur cet événement un silence absolu?
Mais il n'en était pas moins singulier pour elle, ce hasard qui amenait Cirillo, que l'on n'avait pas vu depuis plusieurs mois, et cela, le matin même qui suivait la nuit où sa présence avait été si fort désirée dans la maison.
Cirillo, en entrant, arrêta un instant son regard sur Luisa; puis, cédant à l'invitation de San-Felice, il approcha sa chaise de la table où le mari et la femme déjeunaient, et sur laquelle, selon la coutume orientale, qui est aussi celle de Naples, cette première étape de l'Orient, Luisa lui servit une tasse de café noir.