Sans savoir encore quels étaient les motifs de cette agitation, Cirillo eut pitié de la pauvre femme.

—Vous vouliez me voir à deux propos, mon cher San-Felice... Lesquels?

—D'abord, répliqua le chevalier, imaginez-vous que j'ai rapporté hier de la bibliothèque du palais les Époques de la nature, de M. le comte de Buffon. Le prince a fait venir ce livre en cachette, attendu qu'il est défendu par la censure: peut-être—je n'en sais rien—peut-être est-ce parce qu'il n'est pas tout à fait d'accord avec la Bible.

—Oh! cela me serait bien égal, répondit Cirillo en riant, s'il était d'accord avec le sens commun.

—Ah! s'écria le chevalier, vous ne pensez donc pas comme lui que la terre soit un morceau du soleil détaché par le choc d'une comète?

—Pas plus que je ne pense, mon cher chevalier, que la génération des êtres vivants s'opère par des molécules organiques et des moules intérieurs; ce qui est encore une théorie du même auteur, non moins absurde, à mon avis, que la première.

—A la bonne heure! Je ne suis donc pas si ignorant que j'en avait peur!

—Vous, mon cher ami? Mais vous êtes l'homme le plus savant que je connaisse.

—Oh! oh! oh! mon cher docteur, parlez bas, que l'on ne vous entende pas dire une pareille énormité. Ainsi, c'est bien arrêté, n'est-ce pas? je n'ai pas besoin de m'en préoccuper davantage: la terre n'est point un morceau du soleil.... Ah! voilà l'un des deux points éclaircis, et, comme c'était le moins important, je l'ai fait passer le premier; le second, vous l'avez devant les yeux. Que dites-vous de ce visage-là?

Et il lui montra Luisa.