—N'avez-vous pas entendu dire, chère Luisa, répondit le jeune homme sans que ses yeux perdissent rien de leur rêverie, qu'il était, parmi les hommes, sans qu'on pût les reconnaître à des signes extérieurs, sans qu'eux-mêmes se rendissent compte de leur pouvoir, des êtres privilégiés qui avaient la faculté de se mettre en rapport avec les esprits?
—J'ai entendu quelquefois le chevalier San-Felice raisonner de cela avec des savants et des philosophes allemands, qui donnaient ces communications entre les habitants de ce monde et ceux d'un monde supérieur comme des preuves en faveur de l'immortalité de l'âme; ils nommaient ces individus des voyants, ces intermédiaires des médiums.
—Ce qu'il y a d'admirable en vous, dit Salvato, c'est que, sans que vous vous en doutiez, Luisa, sous la grâce de la femme, vous avez l'éducation d'un érudit et la science d'un philosophe; il en résulte qu'avec vous, on peut parler de toutes choses, même des choses surnaturelles.
—Alors, fit Luisa très-émue, vous croyez que cette nuit...?
—Je crois que, cette nuit, si ce n'est point vous qui êtes entrée dans ma chambre et qui vous êtes penchée sur mon lit, je crois que j'ai été visité par ma mère.
—Mais, mon ami, demanda Luisa frissonnante, comment vous expliquez-vous l'apparition d'une âme séparée de son corps?
—Il y a des choses qui ne s'expliquent pas, Luisa, vous le savez bien. Hamlet ne dit-il point, au moment où vient de lui apparaître l'ombre de son père: There are more things in heaven and earth, Horatio, than there are dreamt of in your philosophy?... Eh bien, Luisa, c'est d'un de ces mystères que je vous parle.
—Mon ami, dit Luisa, savez-vous que parfois vous m'effrayez?
Le jeune homme lui serra la main et la regarda de son plus doux regard.
—Et comment puis-je vous effrayer, lui demanda-t-il, moi qui donnerais pour vous la vie que vous m'avez sauvée? Dites-moi cela.