—C'est que, continua la jeune femme, vous me faites parfois l'effet de n'être point un être de ce monde.

—Le fait est, répliqua Salvato en riant, que j'ai bien manqué d'en sortir avant d'y être entré.

—Serait-il donc vrai, comme le disait la sorcière Nanno, demanda en pâlissant la jeune femme, que vous fussiez né d'une morte?

—La sorcière vous a dit cela? demanda le jeune homme en se soulevant étonné sur son lit.

—Oui; mais ce n'est pas possible, n'est-ce pas?

—La sorcière vous a dit la vérité, Luisa; c'est une histoire que je vous raconterai un jour, mon amie.

—Oh! oui, et que j'écouterai avec toutes les fibres de mon coeur.

—Mais plus tard.

—Quand vous voudrez.

—- Aujourd'hui, continua le jeune homme en retombant sur son lit, ce récit dépasserait mes forces; mais, comme je vous le dis, tiré violemment du sein de ma mère, les premières palpitations de ma vie se sont mêlées aux derniers tressaillements de sa mort, et un étrange lien a continué, en dépit du tombeau, de nous attacher l'un à l'autre. Or, soit hallucination d'un esprit surexcité, soit apparition réelle, soit qu'enfin, dans certaines conditions anormales, les lois qui existent pour les autres hommes n'existent pas pour ceux qui sont nés en dehors de ces lois, de temps en temps,—j'ose à peine dire cela, tant la chose est improbable!—de temps en temps, ma mère, sans doute parce qu'elle fut en même temps sainte et martyre, de temps en temps, ma mère obtient de Dieu la permission de me visiter.