—Madame, je tiens le fil d'une conspiration! Madame, je suis sur la trace d'un nouveau complot!

Et Caroline, qui se croyait entourée de complots et de conspirations, disait:

—Continuez, continuez, Vanni! servez bien votre reine, et vous serez récompensé.

Cette terreur blanche dura plus de trois ans; au bout de trois ans, l'indignation publique monta comme une marée d'équinoxe, et vint en quelque sorte battre les murs des prisons, où tant de prévenus étaient enfermés sans que jamais on eût pu prouver qu'un seul était coupable; au bout de trois ans, les instructions, faites avec l'acharnement des haines politiques, n'avaient pu constater aucun délit; Vanni recourut à une dernière espérance, se réfugia dans une dernière ressource, la torture.

Mais ce n'était point assez pour Vanni de la torture ordinaire: des traditions qui remontaient au moyen âge, époque depuis laquelle la torture n'avait point été appliquée, disaient que des esprits fermes, des corps robustes l'avaient supportée; non, il réclamait la torture extraordinaire, que les anciens législateurs autorisaient dans les cas de lèse-majesté, et demandait que les chefs du complot, c'est-à-dire le chevalier de Medici, le duc de Canzano, l'abbé Monticelli et sept ou huit autres, fussent soumis à cette torture qu'il spécifiait lui-même dans un de ces sourires fatals qui tordaient sa bouche lorsqu'il était dans l'espérance que cette faveur lui serait accordée: tormenti spietati come sopra cadaveri, c'est-à-dire des tourments pareils à ceux que l'on exercerait sur des cadavres.

La conscience des juges se révolta, et, quoique Guidobaldi et Castelcicala fussent pour la torture comme sur des cadavres, le tribunal la repoussa à l'unanimité moins leurs deux voix.

Cette unanimité était le salut des prisonniers et la chute de Vanni.

Les prisonniers furent mis en liberté, la junte fut dissoute par le dégoût public, et Vanni renversé de son fauteuil de procureur fiscal.

Ce fut alors que la reine lui tendit la main, qu'elle lui fit donner le titre de marquis, et que, de ces trois hommes qui avaient encouru l'exécration publique, elle forma son tribunal à elle, son inquisition privée, jugeant dans la solitude, frappant dans les ténèbres, non plus avec le fer du bourreau, mais avec le poignard du sbire.

Nous avons vu à l'oeuvre Pasquale de Simone; nous allons y voir Guidobaldi, Castelcicala et Vanni.