Les trois inquisiteurs d'État étaient donc réunis dans la chambre obscure; ils étaient assis, inquiets et sombres, autour de la table verte, éclairée par la lampe de bronze; l'abat-jour laissait leur visages dans l'ombre, de sorte que, d'un côté à l'autre de la table, ils ne se fussent point reconnus, s'ils n'eussent point su qui ils étaient.

Le message de la reine les troublait: un espion plus habile qu'eux avait-il découvert quelque complot?

Chacun d'eux roulait donc en silence son inquiétude dans son esprit, sans en faire part à ses compagnons, attendant avec anxiété que la porte des appartements royaux s'ouvrit et que la reine parût.

Puis, de temps en temps, chacun jetait un regard rapide et ombrageux sur le coin le plus obscur de la chambre.

C'est que, dans ce coin, presque entièrement perdu dans l'ombre, à peine visible, se tenait le sbire Pasquale de Simone.

Peut-être en savait-il plus qu'eux, car, plus qu'eux encore, il était avant dans les secrets de la reine; mais, quoiqu'ils lui donnassent des ordres, pas un des inquisiteurs d'État n'eût osé l'interroger.

Seulement, sa présence témoignait de la gravité de l'affaire.

Pasquale de Simone, aux yeux mêmes des inquisiteurs d'État, était un personnage bien plus effrayant que maître Donato.

Maître Donato, c'était le bourreau public et patenté: Pasquale de Simone, c'était le bourreau secret et mystérieux; l'un était l'exécuteur de la loi, l'autre celui du bon plaisir royal.

Que le bon plaisir royal cessât de tenir pour ses fidèles Guidobaldi, Castelcicala, Vanni, il ne pouvait les déférer à la loi: ils savaient et eussent révélé trop de choses.