A ces paroles, l'émotion monta à son comble; les jeunes princesses pleurèrent, la reine porta son mouchoir à ses yeux, le duc de Calabre leva les mains au ciel, comme pour appeler la bénédiction de Dieu sur la tête de son père, les professeurs prirent les jeunes princes dans leurs bras, les emportèrent malgré leurs cris, et la foule éclata en hourras et en sanglots.
L'effet désiré était produit; demeurer plus longtemps, c'était l'amoindrir; les trompettes donnèrent le signal du départ et se mirent en marche. Un petit corps de cavalerie, stationnant largo San-Ferdinando, se rangea à leur suite et fit tête de colonne; le roi s'avança immédiatement après, au milieu d'un grand espace vide, saluant le peuple, qui répondait par les cris de «Vive Ferdinand IV! Vive Pie VI! Mort aux Français!»
Mack et tout l'état-major venaient après le roi; après l'état-major, tout ce formidable appareil que nous avons dit, suivi lui-même d'un petit corps de cavalerie comme celui qui marchait en tête.
Avant de quitter tout à fait la place du Château, le roi se retourna une dernière fois pour saluer la reine et dire adieu à ses enfants.
Puis il s'engouffra dans la longue rue de Tolède, qui, par largo Mercatello, Port'Alba et largo delle Pigne, devait le conduire sur la route de Capoue, où la suite du roi allait faire sa première station, tandis que le roi ferait, à Caserte, ses adieux réels à sa femme et à ses enfants et une dernière visite à ses kangourous. Ce que le roi regrettait le plus à Naples, c'était sa crèche, qu'il laissait inachevée.
Hors de la ville, une voiture l'attendait; il y monta avec le duc d'Ascoli, le général Mack, le marquis Malaspina, et tous quatre allèrent tranquillement attendre à Caserte, où devaient, deux heures après, les rejoindre la reine, la famille royale et les intimes de la cour, le départ du lendemain, qui devait être la véritable entrée en campagne.
XLVIII
QUELQUES PAGES D'HISTOIRE
Quoique nous n'ayons nullement l'intention de nous faire l'historien de cette campagne, force nous est de suivre le roi Ferdinand dans sa marche triomphale au moins jusqu'à Rome, et de recueillir les événements les plus importants de cette marche.
L'armée du roi de Sicile avait déjà, depuis plus d'un mois, pris ses positions de cantonnement; elle était divisée en trois corps: 22,000 hommes campaient à San-Germano, 16,000 dans les Abruzzes, 8,000 dans la plaine de Sessa, sans compter 6,000 hommes à Gaete, prêts à se mettre en marche, comme arrière-garde, au premier pas que les trois premiers corps feraient en avant, et 8,000 prêts à faire voile pour Livourne sous les ordres du général Naselli. Le premier corps devait marcher sous les ordres du roi en personne, le second sous ceux du général Micheroux, le troisième sous ceux du général de Damas.