Mack, nous l'avons dit, conduisait le premier corps.

C'étaient donc cinquante-deux mille hommes, sans compter le corps de Naselli, qui marchaient contre Championnet et ses neuf ou dix mille hommes.

Après trois ou quatre jours passés au camp de San-Germano, pendant lesquels la reine et Emma Lyonna, habillées toutes deux en amazones et montant de fringants chevaux pour faire admirer leur adresse, passèrent la revue du premier corps d'armée, et, par tous les moyens possibles, bonnes paroles et gracieux sourires aux officiers, double paye et distribution de vin aux soldats, exaltèrent de leur mieux l'enthousiasme de l'armée, on se quitta en augurant la victoire; et, tandis que la reine, Emma Lyonna, sir William Hamilton, Horace Nelson et les ambassadeurs et les barons invités à ces fêtes guerrières regagnaient Caserte, l'armée, à un signal donné, se mit en marche le même jour, à la même heure, sur trois points différents.

Nous avons vu les ordres donnés par le général Macdonald au nom du général Championnet, le jour où nous avons introduit nos lecteurs au palais Corsini et où nous les avons fait assister aux arrivées successives de l'ambassadeur français et du comte de Ruvo; ces ordres, on se le rappelle, étaient d'abandonner toutes les places et toutes les positions à l'approche des Napolitains; on ne sera donc point étonné de voir, devant l'agression du roi Ferdinand, toute l'armée française se mettre en retraite.

Le général Micheroux, formant l'aile droite avec dix mille soldats, traversa le Tronto, poussa devant lui la faible garnison française d'Ascoli, et, par la voie Émilienne, prit la direction de Porto-de-Fermo; le général de Damas, formant l'aile gauche, suivit la voie Appienne, et le roi, conduisant le centre, partit de San-Germano et, ainsi que l'avait arrêté Mack dans son plan de campagne, marcha sur Rome par la route de Ceperano et Frosinone.

Le corps d'armée du roi arriva à Ceperano vers neuf heures du matin, et le roi fit halte dans la maison du syndic pour déjeuner. Le déjeuner fini, le général Mack, à qui le roi, depuis le départ de San-Germano, faisait l'honneur de l'admettre à sa table, demanda la permission d'appeler près de lui son aide de camp, le major Riescach.

C'était un jeune Autrichien de vingt-six à vingt-huit ans, ayant reçu une excellente éducation, parlant le français comme sa langue maternelle, et très-distingué sous son élégant uniforme. Il se rendit immédiatement aux ordres de son général.

Le jeune officier salua respectueusement le roi d'abord, puis son général, et attendit les ordres qu'il était venu recevoir.

—Sire, dit Mack, il est dans les usages de la guerre, et surtout parmi les gens comme il faut, que l'on prévienne l'ennemi que l'on va attaquer; je crois donc de mon devoir de prévenir le général républicain que nous venons de traverser la frontière.

—Vous dites que c'est dans les usages de la guerre? fit le roi.