—D'ailleurs, nous partons aujourd'hui. Je vous demande pardon, major, de parler ainsi de toutes nos petites affaires devant vous; mais vous êtes du métier, vous savez ce que c'est.—Nous partons aujourd'hui. Je vous demande de tenir vingt jours seulement, Thiébaut; au bout de vingt jours, je serai de retour à Rome.

—Oh! ne vous gênez pas, mon général, prenez vingt jours, prenez-en vingt-cinq, prenez-en trente.

—Je n'en ai besoin que de vingt, et même je vous engage ma parole d'honneur, Thiébaut, qu'avant vingt jours, je viens vous délivrer.—Éblé, continua le général, vous viendrez me rejoindre à Civita-Castellana: c'est là que je me concentrerai, la position est belle; cependant, il sera utile de faire quelques ouvrages avancés.—Vous m'excusez toujours, n'est-ce pas, mon cher major?

—Général, je vous répéterai ce que vous disait tout à l'heure mon collègue Thiébaut, ne vous gênez pas pour moi.

—Vous le voyez, je suis de ces joueurs qui mettent cartes sur table; vous avez soixante mille hommes, cents pièces de canon, des munitions à n'en savoir que faire; j'ai moi,—à moins que Joubert ne m'envoie les trois mille hommes que je lui ai demandés,—neuf mille hommes, quinze mille coups de canon à tirer et deux millions de cartouches en tout. Avec une pareille infériorité, vous comprenez qu'il importe de prendre ses précautions.

Et, comme, en l'écoutant, le jeune homme laissait refroidir son café:

—Buvez votre café chaud, major, lui dit-il; Scipion a un grand amour-propre pour son café, et il recommande toujours de le boire bouillant.

—Il est en effet excellent, dit le major.

—Alors, videz votre tasse, mon jeune ami; car, si vous le voulez bien, nous allons monter à cheval pour aller passer la revue de la garnison, dans laquelle, du même coup, Thiébaut choisira ses cinq cents hommes.

Le major Riescach acheva son café jusqu'à la dernière goutte, se leva et fit signe en s'inclinant qu'il était prêt.