Scipion s'avança.

—Il paraît que nous partons, mon général? demanda-t-il.

—Eh! oui, mon cher Scipion! tu le sais, dans notre diable de métier, on n'est jamais sûr de rien.

—Alors, mon général, il faut faire les malles, emballer les livres, serrer les cartes et les plans?

—Non pas; laisse chaque chose comme elle est, nous retrouverons tout cela à notre retour.—Mon cher major, continua Championnet en bouclant son sabre, je crois que le général Mack fera très-bien de loger dans ce palais; il y trouvera une bibliothèque et des cartes excellentes; vous lui recommanderez mes livres et mes plans, j'y tiens beaucoup; c'est, comme mon palais, un prêt que je lui fais et que je mets sous votre sauvegarde. La chose lui sera d'autant plus commode qu'en face de nous, comme vous voyez, s'élève l'immense palais Farnèse, où, selon toute probabilité, logera le roi. De fenêtre à fenêtre, Sa Majesté et son général en chef pourront télégraphier.

—Si le général habite ce palais, répondit le major, je puis vous répondre que tout ce qui vous aura appartenu, lui sera sacré.

—Scipion, dit le général, un uniforme de rechange et six chemises dans un portemanteau; vous pouvez le faire boucler tout de suite derrière ma selle: la revue passée, nous nous mettons immédiatement en marche.

Cinq minutes après, les ordres de Championnet étaient exécutés, et quatre ou cinq chevaux attendaient leurs cavaliers à la porte du palais Corsini.

Le jeune major chercha des yeux le sien, mais inutilement; le palefrenier du général lui présenta un beau cheval frais, avec des fontes garnies de leurs armes. Ulrich de Riescach interrogea du regard Championnet.

—Votre cheval était fatigué, monsieur, dit le général; donnez-lui le temps de se reposer, on vous l'amènera plus frais à la place du Peuple.