Ils étaient précédés et suivis d'un détachement de gendarmes napolitains à cheval, lesquels, se joignant à ceux qui attendaient déjà sur la place, refoulèrent le peuple et firent une place libre où pussent opérer tranquillement le bourreau et ses aides.
Le mutisme et la solitude du château Saint-Ange avaient rassuré tout le monde, et l'on ne pensait même plus à lui. Quelques Romains, plus braves que les autres, s'approchèrent jusqu'au pont désert et insultèrent même la forteresse, à la manière dont les Napolitains insultent le Vésuve; ce qui fit beaucoup rire le roi Ferdinand en lui rappelant ses bons lazzaroni du Môle, et en lui prouvant que les Romains avaient presque autant d'esprit qu'eux.
A midi moins cinq minutes, le cortége funèbre déboucha sur la petite place; les condamnés paraissaient brisés de fatigue, mais tranquilles et résignés.
Au pied de l'échafaud, on les fit descendre de leurs ânes; après quoi, on leur détacha la corde du cou et l'on alla attacher cette même corde à la potence. Les pénitents serrèrent de plus près les deux patients, les exhortant à la mort et leur faisant baiser le crucifix.
Mattei, en le baisant, dit:
—O Christ! tu sais que je meurs innocent, et, comme toi, pour le salut et la liberté des hommes.
Zaccalone dit:
—O Christ! tu m'es témoin que je pardonne à ce peuple comme tu as pardonné à tes bourreaux.
Les spectateurs les plus rapprochés des patients entendirent ces paroles, et quelques huées les accueillirent.
Puis une voix forte se fit entendre, qui dit: