—Priez pour les âmes de ceux qui vont mourir.
C'était la voix du chef des pénitents.
Chacun se mit à genoux pour dire un Ave Maria, même le roi sur son balcon, même le bourreau et ses aides sur l'échafaud.
Il y eut un moment de silence solennel et profond.
En ce moment, un coup de canon retentit; l'échafaud, brisé, s'écroula sous le bourreau et ses aides; la porte du château Saint-Ange s'ouvrit, et cent grenadiers, précédés d'un tambour battant la charge, traversèrent le pont au pas de course, et, au milieu du cri de terreur de la multitude, du sauve-qui-peut des gendarmes, de l'étonnement et de l'effroi de tous, s'emparèrent des deux condamnés, qu'ils entraînèrent au château Saint-Ange, dont la porte se referma sur eux avant que peuple, bourreaux, pénitents, gendarmes et le roi lui-même fussent revenus de leur stupeur.
Le château Saint-Ange n'avait dit qu'un mot; mais, comme on le voit, il avait été bien dit et avait produit son effet.
Force fut aux Romains de se passer de pendaison ce jour-là et de se rejeter sur les juifs.
Le roi Ferdinand rentra au palais Farnèse de très-mauvaise humeur; c'était le premier échec qu'il éprouvait depuis son entrée en campagne, et, malheureusement pour lui, ce ne devait point être le dernier.