—Que dit-il?

—Oh! de singulières choses, madame! il dit... Mais, continua-t-elle, mieux vaut que ce soit à madame qu'il dise cela; madame fera, des nouvelles de Michele, ce qu'elle voudra.

—Je reviens, mon ami, dit la San-Felice à Salvato; je vais voir moi-même ce que dit notre fou.

Salvato répondit par un signe de tête et un sourire, Luisa sortit à son tour.

Giovannina s'attendait aux questions du jeune homme; mais lui, la San-Felice sortie, ferma les yeux et retomba dans son immobilité et son mutisme habituels. N'étant point interrogée, si grande que fût peut-être l'envie qu'elle en eût, Giovannina n'osa parler.

Luisa trouva son frère de lait l'attendant dans la salle à manger; il avait le visage triomphant, était vêtu de ses habits de fête, et de son chapeau tombait un flot de rubans.

—Victoire! s'écria-t-il en apercevant Luisa, victoire, la petite soeur! notre grand roi Ferdinand est entré à Rome, le général Mack est victorieux sur tous les points, les Français sont exterminés, on brûle les juifs et l'on pend les jacobins. Evviva la Madonna!... Eh bien, qu'as-tu donc?

Cette question était provoquée par la pâleur de Luisa, à qui les forces manquaient à cette nouvelle et qui se laissait aller sur une chaise.

En effet, elle comprenait une chose: c'est que, les Français vainqueurs, Salvato pouvait rester près d'elle et même les attendre à Naples, mais que, les Français vaincus, Salvato devait tout quitter, même elle, pour aller partager les revers de ses frères d'armes.

—Mais je te demande ce que tu as? dit Michele.