»Du temps que la vie des dieux se mêlait à celle des hommes, il y eut une union entre une déesse de la mer nommée Thétys et un roi de Thessalie nommé Pélée.

»Neptune et Jupiter avaient voulu l'épouser; mais, ayant appris qu'il naîtrait d'elle un fils qui serait plus grand que son père, ils la cédèrent au fils d'Eaque.

»Thétys eut de son époux plusieurs enfants, qu'elle jeta les uns après les autres au feu, pour éprouver s'ils étaient mortels; tous périrent les uns après les autres.

»Enfin elle en eut un que l'on appela Achille; sa mère allait le jeter au feu comme les autres, lorsque Pélée le lui arracha des mains et obtint d'elle qu'au lieu de le tuer, elle le trempât dans le Styx; ce qui le rendrait non point immortel, mais invulnérable.» Thétys obtint de Pluton de descendre une fois, mais une seule fois, aux Enfers, pour tremper son fils dans le Styx; elle s'agenouilla au bord du fleuve, prit l'enfant par le talon et l'y trempa en effet.

»De sorte que l'enfant fut invulnérable sur toutes les parties de son corps, excepté au talon par lequel sa mère l'avait pris; ce qui fit qu'elle consulta l'oracle.

»L'oracle lui répondit que son fils acquerrait une gloire immortelle au siége d'une grande ville, mais qu'au milieu de son triomphe il trouverait la mort.

»Alors, sous le nom de Pyrrha, sa mère le conduisit à la cour du roi de Scyros, et, sous des habits de femme, le mêla aux filles du roi. L'enfant atteignit l'âge de quinze ans, ignorant qu'il fût un homme...»

Mais, lorsque l'Albanaise fut arrivée là de son récit:

—Je connais ton histoire, Nanno, lui dit le jeune officier en l'interrompant; tu me fais l'honneur de me comparer à Achille, et tu compares Luisa à Déidamie; mais, sois tranquille, tu n'auras pas même besoin, comme Ulysse, de me montrer une épée pour me rappeler que je suis un homme. On se bat, n'est-ce pas? continua le jeune officier l'oeil étincelant; et ces décharges d'artillerie annoncent quelque victoire des Napolitains sur les Français. Où se bat-on?

—Ces cloches et ces décharges d'artillerie annoncent, répondit Nanno, que le roi Ferdinand est entré à Rome et que les massacres ont commencé.