Son premier soin fut de mettre en état la citadelle bâtie par Alexandre VI, et qui ne servait plus que de prison, ainsi que de faire prendre position aux différents corps de sa petite armée.

Il plaça Macdonald—auquel il réserva tous les honneurs de la bataille qui devait avoir lieu—avec sept mille hommes, à Borghetto, en lui ordonnant de tirer, comme défense, le meilleur parti possible de la maison de poste et des quelques masures qui l'entouraient, en s'appuyant à Civita-Castellana, qui formait l'extrême droite de l'armée française ou plutôt au pied de laquelle était groupée l'armée française; il envoya le général Lemoine avec cinq cents hommes dans les défilés de Terni, placés à sa gauche, en lui disant, comme Léonidas aux Spartiates: «Faites-vous tuer!» Casabianca et Rusca reçurent le même ordre pour les défilés d'Ascoli, formant l'extrême gauche. Tant que Lemoine, Casabianca et Rusca tiendraient, Championnet ne craignait pas d'être tourné, et, tant qu'il serait attaqué de face seulement, il espérait pouvoir se défendre. Enfin il envoya des courriers au général Pignatelli, qui était en train de reformer sa légion romaine entre Civita-Ducale et Marano, afin de lui porter l'ordre de se mettre en marche dès que ses hommes seraient prêts et de rallier le général polonais Kniasewitch, qui avait sous son commandement les 2e et 3e bataillons de la 30e demi-brigade de ligne, deux escadrons du 16e régiment de dragons, une compagnie du 19e de chasseurs à cheval et trois pièces d'artillerie, et de marcher droit au canon, dans quelque direction qu'il l'entendît.

En outre, le chef de brigade Lahure fut chargé, avec la 15e demi-brigade, de prendre position à Regnano, en avant de Civita-Castellana, et le général Maurice Mathieu de se porter sur Vignanello, pour couper aux Napolitains la position d'Orte et les empêcher de passer le Tibre.

En même temps, il envoya des courriers sur la route de Spolette et de Foligno, pour presser l'arrivée des trois mille hommes de renfort promis par Joubert.

Ces dispositions prises, il attendit de pied ferme l'ennemi, dont il pouvait suivre tous les mouvements du haut de sa position de Civita-Castellana, où il se tenait avec une réserve d'un millier d'hommes, pour se porter où besoin serait.

Par bonheur, au lieu de poursuivre sans relâche Championnet avec sa nombreuse et magnifique cavalerie napolitaine, Mack perdit trois jours à Rome et trois ou quatre autres jours à réunir toutes ses forces, c'est-à-dire quarante mille hommes, pour marcher sur Civita-Castellana.

Enfin le générai Mack divisa son armée en cinq colonnes et se mit en marche.

Au dire des stratégistes, voici ce que Mack eût dû faire:

Il eût dû appeler par Pérouse le corps du général Naselli, conduit et escorté à Livourne par Nelson; il eût dû conduire les principales forces de son armée, sur la gauche du Tibre et camper à Terni; il eût dû enfin attaquer avec des forces sextuples la petite troupe de Macdonald, qui, pris entre les sept mille hommes de Naselli et trente ou trente-cinq mille hommes que Mack eût gardés dans sa main, n'eût pu résister à cette double attaque; mais, au contraire, il dissémina ses forces en s'avançant sur cinq colonnes, et laissa libre la route de Pérouse.

Il est vrai que les populations environnantes, c'est-à-dire celles de Riéti, d'Otricoli et de Viterbe, excitées par les proclamations du roi Ferdinand, s'étaient révoltées et que de toutes parts on les sentait prêtes à seconder les mouvements du général Mack.