Celui-ci s'avança, précédé d'une proclamation ridicule à force de barbarie. Championnet, en abandonnant Rome, avait laissé dans les hôpitaux trois cents malades qu'il avait recommandés à l'honneur et à l'humanité du général ennemi; mais, averti par une dépêche du roi Ferdinand, de la sortie qu'avait faite la garnison du château Saint-Ange, et de la façon dont les deux consuls, prêts à être pendus, avaient été enlevés au pied même de l'échafaud, Mack rédigea un manifeste dans lequel il déclarait à Championnet que, s'il n'abandonnait pas sa position de Civita-Castellana, et s'il osait s'y défendre, les trois cents malades, abandonnés dans les hôpitaux romains, répondraient tête pour tête des soldats qu'il perdrait dans le combat et seraient livrés à la juste indignation du peuple romain; ce qui voulait dire qu'ils seraient mis en morceaux par la populace du Transtevère.
La veille du jour où l'on aperçut les têtes de colonne des Napolitains, ces manifestes furent apportés aux avant-postes français par des paysans; ils tombèrent entre les mains de Macdonald.
Cette nature loyale en fut exaspérée.
Macdonald prit la plume et écrivit au général Mack:
«Monsieur le général,
»J'ai reçu le manifeste; prenez garde! les républicains ne sont point des assassins; mais je vous déclare, de mon côté, que la mort violente d'un seul malade des hôpitaux romains sera la condamnation à mort de toute l'armée napolitaine, et que je donnerai l'ordre à mes soldats de ne point faire de prisonniers.
»Votre lettre, dans une heure, sera connue de toute l'armée, où vos menaces exciteront une indignation et une horreur qui ne pourront être surpassées que par le mépris qu'inspirera celui qui les a faites.
»MACDONALD.»
Et, en effet, à l'instant même, Macdonald distribua une douzaine de ces manifestes et les fit lire par les chefs de corps à leurs hommes, tandis que lui, montant à cheval, se rendait au galop à Civita-Castellana pour communiquer cette proclamation au général Championnet et lui demander ses ordres.
Il trouva le général sur le magnifique pont à double arcade jeté sur le Rio-Maggiore, et bâti en 1712 par le cardinal Imperiali; il tenait sa lunette de campagne à la main, examinait les approches de la ville, et faisait prendre par son secrétaire des notes sur une carte militaire.