Les populations, naturellement ennemies, regardaient avec étonnement, de leurs villages cachés dans les plis des montagnes, comme autant d'embuscades, ces hommes qui allaient combattre et probablement mourir le lendemain, et qui se préparaient au combat et à la mort par des chants et par des fêtes. Pour ceux-là mêmes qui ne comprenaient pas, le spectacle était grand.

La nuit s'écoula sans alarmes; mais le soleil, en se levant, éclaira toute l'armée du général Mack, s'avançant sur trois colonnes; une quatrième, qui marchait sur Terni sans être vue, pouvait être soupçonnée au nuage de poussière qu'elle soulevait à l'horizon; enfin, une cinquième, qui était partie dès la veille au soir de Baccano pour Ascoli, était invisible.

Les trois colonnes restées sous la main de Mack montaient à trente mille hommes, à peu près; six mille devaient attaquer nos avant-postes à l'extrême gauche; quatre mille devaient occuper le village de Vignanello, qui dominait tout le champ de bataille; enfin, la masse la plus forte, celle qui était composée de vingt mille hommes, et qui était commandée par Mack en personne, devait attaquer Macdonald et ses sept mille hommes.

Championnet avait échelonné sa réserve sur les rampes de la montagne, au sommet de laquelle il se tenait lui-même, sa lunette à la main.

Ses officiers d'ordonnance l'entouraient, prêts à porter ses ordres partout où besoin serait.

Ce fut le chef de brigade Lahure qui essuya le premier feu.

Il avait fait placer ses hommes en avant du village de Regnano, dont il avait fait créneler les premières maisons.

Les soldats qui attaquaient Lahure étaient ceux-là mêmes qui, la veille, à Baccano, avaient massacré les prisonniers. Mack leur avait fait boire du sang, comme on fait aux tigres, pour les rendre non plus courageux, mais plus féroces.

Ils abordèrent vigoureusement la position; mais il y avait dans l'armée française des traditions sur le courage des troupes napolitaines qui n'en faisaient pas un fantôme bien effrayant pour nos soldats; Lahure, avec sa 15e brigade, c'est-à-dire avec un millier d'hommes repoussa cette première attaque au grand étonnement des Napolitains, qui revinrent à la charge avec acharnement et furent repoussés une seconde fois.

Voyant cela, le chevalier Micheroux, qui commandait la colonne ennemie, fit approcher de l'artillerie et foudroya les premières maisons, où étaient embusqués nos tirailleurs; ces maisons s'écroulèrent bientôt, laissant leurs défenseurs sans abri. Il y eut un moment de trouble dont le général napolitain profita pour faire avancer une colonne d'attaque de trois mille hommes qui se rua sur le village et l'emporta.