—Oh! Votre Majesté, s'écria-t-elle en voyant paraître la reine et en s'élançant vers elle comme pour implorer son secours, venez vite me cacher à votre ombre, et dites bien à ces messieurs et à ces dames, que l'on ne court pas, en s'approchant de moi, les risques que l'ont court à s'endormir sous le mancenillier ou à s'asseoir sous le bohon-upas.

—Plaignez-vous de cela, ingrate créature que vous êtes! dit en riant la reine; pourquoi êtes-vous belle à faire éclater tous les coeurs d'amour et de jalousie, si bien qu'il n'y a que moi ici qui sois assez humble et assez peu coquette pour oser approcher mon visage du vôtre en vous embrassant sur les deux joues?

Et la reine l'embrassa, et, en l'embrassant, lui dit tout bas ces mots:

—Sois charmante ce soir, il le faut!

Et, jetant son bras autour du cou de sa favorite, elle l'entraîna sur le canapé, autour duquel chacun dès lors se pressa, les hommes pour faire leur cour à Emma en faisant leur cour à la reine, et les femmes pour faire leur cour à la reine en faisant leur cour à Emma.

En ce moment, Acton rentra: un regard que la reine échangea avec lui, lui indiqua que tout marchait au gré de son désir.

Elle emmena Emma dans un coin, et, après lui avoir parlé quelque temps tout bas:

—Mesdames, dit-elle, je viens d'obtenir de ma bonne lady Hamilton qu'elle nous donnerait ce soir un échantillon de tous ses talents, c'est-à-dire qu'elle nous chanterait quelque ballade de son pays ou quelque chant de l'antiquité, qu'elle nous jouerait une scène de Shakspeare, et qu'elle nous danserait son pas du châle, qu'elle n'a encore dansé que pour moi et devant moi.

Il n'y eut dans le salon qu'un cri de curiosité et de joie.

—Mais, dit Emma, Votre Majesté sait que c'est à une condition...