La reine suivait l'opération avec une curiosité qui n'était pas exempte d'inquiétude, craignant qu'elle ne réussit point ou ne réussit mal; mais, à sa grande satisfaction, sous l'âcre morsure du liquide, elle vit d'abord l'encre jaunir, puis blanchir, puis disparaître.

Acton tira son mouchoir de sa poche, et, en faisant un tampon, il épongea la lettre.

Cette opération terminée, le papier était redevenu parfaitement blanc; il prit le fer, étendit la lettre sur un cahier de papier et la repassa comme on repasse un linge.

—La! maintenant, dit-il, tandis que le papier va sécher, rédigeons la réponse de Sa Majesté l'empereur d'Autriche.

Ce fut la reine qui la dicta. En voici le texte mot à mot:

»Schoenbrünn, 28 septembre 1798.

«Mon très-excellent frère, cousin, oncle, allié et confédéré,

»Rien ne pouvait m'être plus agréable que la lettre que vous m'écrivez et dans laquelle vous me promettez de vous soumettre en tout point à mon avis. Les nouvelles qui m'arrivent de Rome me disent que l'armée française est dans l'abattement le plus complet; il en est tout autant de l'armée de la haute Italie.

»Chargez-vous donc de l'une, mon très-excellent frère, cousin et oncle, allié et confédéré; je me chargerai de l'autre. A peine aurai-je appris que vous êtes à Rome, que, de mon côté, j'entre en campagne avec 140,000 hommes; vous en avez de votre côté 60,000, j'attends 40,000 Russes; c'est plus qu'il n'en faut pour que le prochain traité de paix, au lieu de s'appeler le traité de Campo-Formio, s'appelle le traité de Paris.»

—Est-ce cela? demanda la reine.