—Demain, Votre Majesté veut dire; car, ainsi qu'elle nous l'a fait observer, il est une heure du matin; je tiens trop à cet honneur pour permettre qu'il soit retardé d'un jour.

—Je vais donc bien vous contrarier, ma chère Elena, dit la reine avec un sourire dont il eût été difficile de définir l'expression; mais imaginez-vous que la comtesse San-Marco me demande la permission, avec votre agrément bien entendu, de prendre votre place, vous priant de prendre la sienne; elle a je ne sais quelle chose importante à faire la semaine prochaine. Ne voyez-vous aucun inconvénient à cet échange?

—Aucun, madame, si ce n'est de retarder d'un jour le bonheur de vous faire ma cour.

—Eh bien, voilà qui est arrangé; vous avez toute liberté demain, ma chère marquise.

—J'en profiterai probablement pour aller à la campagne avec le marquis de San-Clemente.

—A la bonne heure, dit la reine, voilà qui est exemplaire.

Et elle salua la marquise, qui, retenue par elle, fut la dernière à lui faire sa révérence et à sortir.

La reine se trouva seule alors avec Acton, Emma, les deux officiers anglais et Nelson.

—Mon cher lord, dit-elle à Nelson, j'ai tout lieu de penser que, demain ou après-demain, le roi recevra de Vienne des nouvelles dans votre sens relativement à la guerre; car vous êtes toujours d'avis, n'est-ce pas, que plus tôt on entrera en campagne, mieux cela vaudra?

—Non-seulement je suis de cet avis, madame, mais, si cet avis est adopté, je suis prêt à vous prêter le concours de la flotte anglaise.