—Nous en profiterons, milord; mais ce n'est point cela que j'ai à vous demander pour le moment.
—Que la reine ordonne, je suis prêt à lui obéir.
—Je sais, milord, combien le roi a confiance en vous; demain, si favorable à la guerre que soit la réponse de Vienne, il hésitera encore; une lettre de Votre Seigneurie, dans le même sens que celle de l'empereur, lèverait toutes ses irrésolutions.
—Doit-elle être adressée au roi, madame?
—Non, je connais mon auguste époux, il a une répugnance invincible à suivre les avis qui lui sont donnés directement; j'aimerais donc mieux qu'ils lui vinssent d'une lettre confidentielle écrite à lady Hamilton. Écrivez collectivement à elle et à sir William; à elle comme à la meilleure amie que j'aie, à sir William comme au meilleur ami qu'ait le roi; la chose lui revenant par double ricochet aura plus d'influence.
—Votre Majesté sait, dit Nelson, que je ne suis ni un diplomate ni un homme politique; ma lettre sera celle d'un marin qui dit franchement, rudement même, ce qu'il pense, et pas autre chose.
—C'est tout ce que je vous demande, milord. D'ailleurs, vous vous en allez avec le capitaine général, vous causerez en route; comme on décidera demain sans doute quelque chose d'important dans la matinée, venez dîner au palais; le baron Mack y dîne, vous combinerez vos mouvements.
Nelson s'inclina.
—Ce sera un dîner en petit comité, continua la reine; Emma et sir William seront des nôtres. Il s'agit de pousser et de presser le roi; moi-même, je retournerais à Naples ce soir, si ma pauvre Emma n'était pas si fatiguée. Vous savez, au reste, ajouta la reine en baissant la voix, que c'est pour vous et pour vous seul, mon cher amiral, qu'elle a dit et fait toutes les belles choses que vous avez vues et entendues.
Puis, plus bas encore: